Le Blog de Françoise Cartron

"Le Cnesco est de plus en plus sollicité par le ministère et il commence à être identifié sur son expertise."

Écrit par Françoise Cartron. Publié dans Educations/Formation

www.aef.info INTERVIEW

Réforme du collège : il faut revoir "les missions et la formation des corps intermédiaires"

 

Par Cécile Olivier 

 

Le 20 mars 2015

 

"Le fait d’élargir des secteurs à plusieurs collèges est une bonne option pour lutter contre le contournement de la carte scolaire mais la création de cours par correspondance pour les options rares [...] n’aura pas d’impact sur les collèges", déclare à AEF Françoise Cartron (PS, Gironde).

 

Selon la sénatrice, auteur en 2012 d’un rapport sur la carte scolaire, la réforme du collège va en revanche permettre aux établissements d’afficher des "projets pédagogiques spécifiques", améliorant ainsi leur identité et leur attractivité. Pour le développement de ces "nouvelles pratiques pédagogiques", il faut revoir les missions et la formation des corps intermédiaires mais aussi moderniser l’ESENESR, estime la sénatrice.

Membre du Cnesco, elle considère que le conseil travaille en "toute indépendance" et que l’Éducation nationale doit "s’habituer à cette nouvelle façon de fonctionner". 

 

 

AEF : Que pensez-vous des mesures annoncées par le gouvernement pour éviter le contournement de la carte scolaire ?

 

Françoise Cartron : Il faut absolument que les familles conservent le choix entre plusieurs établissements. On ne doit pas leur en imposer un. En ce sens, le fait d’élargir des secteurs à plusieurs collèges est une bonne option. En revanche, la création de cours par correspondance par le Cned pour les options rares va surtout concerner le lycée, mais n’aura pas d’impact sur les collèges. Il faudrait par ailleurs créer un indice de mixité sociale qui serait le même dans tous les collèges d’une zone pour que les établissements aient les mêmes caractéristiques sur ce plan. Il faut surtout qu’il y ait, dans tous les collèges, la même exigence en termes de remplacement des enseignants car c’est un critère de choix important pour les familles.

 

La mixité sociale et scolaire doit être un objectif central du gouvernement et l’Éducation nationale doit être exigeante et volontariste sur ce point.

 

AEF : La réforme du collège aura-t-elle un impact sur ce problème de contournement de la carte scolaire ?

 

Françoise Cartron : Très probablement, car avec les 20 % d’enseignements laissés à la discrétion de chaque établissement pour du travail en petits groupes et de l’accompagnement personnalisé, les collèges pourront afficher des projets pédagogiques spécifiques. Un établissement pourra ainsi avoir une orientation plus tournée vers l’art par exemple et un autre vers les pratiques environnementales. Ces particularités seront un des éléments pour améliorer l’identité des collèges et attirer ainsi les familles.

 

La mise en place de la réforme du collège doit s’appuyer sur les pratiques innovantes développées actuellement dans certains établissements mais qui ne sont pas assez diffusées et connues.

 

Il faudrait que les essais de projets partagés, de nouveaux rythmes d’apprentissage, de responsabilisation des équipes pédagogiques… qui sont à l’œuvre dans certains établissements, fassent tâches d’huile !

 

Pour ces nouvelles pratiques, les enseignants doivent être accompagnés par les corps intermédiaires de l’Éducation nationale.

 

Il va falloir pour cela qu’on revoie les missions de ces corps intermédiaires pour qu’ils aient plus de mission d’accompagnement et réalisent des évaluations d’équipes et non plus individuelles. Il faudrait revoir aussi leur formation et moderniser pour cela l’ESENESR afin que les inspecteurs puissent être les moteurs et les diffuseurs des expériences innovantes.

 

AEF : En tant que membre du Cnesco, que pensez-vous de la visibilité de cette instance et est-elle indépendante ?

 

Françoise Cartron : Le Cnesco a bien démarré ses travaux, il est encore récent mais prend déjà sa place, répondant à une forte attente du terrain.

 

Le Cnesco est de plus en plus sollicité par le ministère et il commence à être identifié sur son expertise, même à l’étranger : deux missions lui ont été confiées, une par le conseil supérieur d’éducation de Québec et une par la Commission européenne.

 

Son ADN est de travailler en toute indépendance pour ses activités d’évaluation, de publication et de recommandations. Il faut que l’Éducation nationale s’habitue à cette nouvelle façon de fonctionner or elle n’a pas encore fait cette révolution culturelle !

 

Nous avons besoin que les évaluations faites sur le système scolaire ne soient pas soumises à des pressions. J’avais des craintes sur son financement mais aujourd’hui, le Cnesco a les moyens de fonctionner car il commence à avoir des fonds propres liés aux commandes qui lui sont passées.

 

(1) Françoise Cartron était rapporteur du projet de loi d’orientation et de programmation pour la refondation de l’école de la République.

 

Reproduction avec l'aimable autorisation de l'agence de presse AEF

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