Le Blog de Françoise Cartron

Tribune dans Le Monde du 24 mai : "Ne pas reculer devant la nécessaire réforme des rythmes scolaires"

Écrit par Françoise Cartron. Publié dans Educations/Formation

Samedi dernier, alors que la manifestation des "Gilets jaunes" opposés à la réforme des rythmes scolaires faisait un nouveau flop, plus de 100 maires de France cosignaient une tribune et tenaient un langage de vérité. 

La liste intégrale des signataires sur mairesdanslesrythmes.over-blog.com 

Ne pas reculer devant la nécessaire réforme des rythmes scolaires

En décembre 2013, l'enquête PISA, réalisée par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), constatait, pour la cinquième fois de suite depuis 2000, une baisse des performances de notre système éducatif. Derrière ces résultats globaux, médiocres, se cache une réalité bien plus inquiétante encore : la France est devenue la championne du monde des inégalités scolaires et du déterminisme social !

 

Notre pays ne peut donc plus se cacher derrière une incantation égalitaire et méritocratique. Ne soyons ni hypocrites ni surpris, l'ascenseur social est totalement en panne. Au regard d'études successives parues ces dernières années, l'entreprise de refondation de l'école se révèle indispensable. Il ne faudra pas une réforme, il les faudra toutes. Il ne faudra pas la mobilisation de tel ou tel acteur, mais la mobilisation de toutes et tous sur l'ensemble de notre territoire. La mise en place de rythmes scolaires mieux adaptés aux apprentissages participe fortement de cette exigence de redressement. Elle n'en est pas l'alpha et l'oméga, mais représente un levier indispensable.

Bien entendu, et cela a toujours été dit, cette réforme est sur certains territoires difficile à mettre en oeuvre. Elle nécessite de faire travailler ensemble des acteurs qui n'en avaient pas ou plus l'habitude : élus, éducation nationale, animateurs, Caisse d'allocations familiales, parents d'élèves… Ces derniers doivent s'apprivoiser et se concerter et se mettre d'accord tout simplement.

Elle induit une évolution des pratiques et des habitudes. Une réforme difficile aussi parce qu'elle exige un effort financier des collectivités dans la période budgétaire extrêmement contrainte que nous connaissons.

UNE URGENCE !

Mais face aux excès, aux contre-vérités véhiculées ces derniers mois, faisons preuve de discernement et rappelons quelques vérités. Tout d'abord, le diagnostic sur le bien-fondé de mieux répartir les temps d'apprentissage est partagé. Trente années de concertation sur le sujet, cela suffit. Dès mars 2010, et jusqu'en septembre 2012, un dialogue permanent a existé, sous des gouvernements de droite comme de gauche, pour parvenir à cette conclusion : alléger les temps d'apprentissage de l'enfant, qui est soumis dans notre pays à des journées surchargées, concentrées sur l'année la plus courte, est un impératif. Une urgence ! C'est pourquoi nous réaffirmons notre volonté que cette réforme se mette en place pour 100 % des élèves dès la rentrée prochaine.

En outre, depuis septembre 2013, la mise en oeuvre de la réforme des rythmes scolaires pour plus de 22 % des élèves se passe majoritairement bien, voire très bien. Des ajustements seront partout nécessaires, mais des résultats positifs sont déjà constatés, notamment en termes de concentration et de baisse de la violence. Et donc en termes d'apprentissage. C'est-à-dire exactement le but recherché.

Dire la vérité, c'est aussi constater que pour quelques communes de réelles difficultés existent dans l'élaboration de la « nouvelle semaine ». Ces dernières appellent un accompagnement et des réponses adaptées sur le long terme. Certaines ont été apportées. D'autres le seront bientôt.

C'est ainsi que doit être accueilli l'assouplissement des modalités de mise en oeuvre prévues par le ministre de l'éducation nationale : sans revenir sur les fondamentaux que constituent les cinq matinées obligatoires de classe, quand l'attention des enfants est la plus grande, donner la possibilité à titre expérimental, et exceptionnel, d'ajustement locaux pour autoriser des projets éducatifs innovants.

ACCOMPAGNEMENT FINANCIER

C'est ainsi qu'une circulaire vient s'attacher à rappeler les « bonnes pratiques » liées à l'aménagement des rythmes pour les écoles maternelles. Dire la vérité, c'est rappeler que pour un grand nombre de communes, l'inquiétude quant à l'accompagnement financier est une réalité et que les élus ont besoin, sur ce point, de perspectives. Force est également de constater, ici ou là, qu'un déficit d'accompagnement, tant des élus locaux que des enseignants, bouleversés par cette nouvelle organisation du temps, n'a pas facilité la mise en place de la réforme.

Mais la vérité, c'est aussi de dire que tout report signifierait, de façon certaine, l'abandon des nouveaux rythmes, ce qui affaiblirait considérablement l'ambition de refondation dont l'école a tant besoin. Aussi nous rejetons fermement le principe d'un moratoire. Cela serait reçu par les élus locaux, qui ont mis beaucoup d'énergie dans la concertation et la mise en place de cette réforme, comme un signal terriblement négatif.

Ne décourageons pas, ne démobilisons pas celles et ceux qui, majoritaires, se sont tellement investis, mais parlons un langage de vérité. Vérité envers les maires qui basculeront à la rentrée de septembre, en réaffirmant que, certes, leur projet ne sera pas parfait, mais pourra évoluer et s'enrichir au fil des mois et des années. En effet, cette réforme doit vivre sur le terrain et être ajustée en fonction des circonstances locales, loin d'un modèle unique.

Nos expériences réussies doivent être connues, partagées avec les communes qui connaissent des difficultés alimentant leurs doutes, leurs craintes.

Souvenons-nous des lois de Jules Ferry qui ont créé l'enseignement public laïc, gratuit et obligatoire, et du dispositif législatif et réglementaire qui obligeait à la fin du XIXe siècle les communes à participer à l'effort de construction et d'aménagement des écoles primaires. Des inquiétudes légitimes se sont bien sûr exprimées à l'époque. Mais tous les maires de France ont eu à coeur de bâtir l'école du XXe siècle. Aujourd'hui, une nouvelle fois, tous les élus sont sollicités pour participer à cette nouvelle étape dans la construction de l'école du XXIsiècle.

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